WILLIAM DOMMANGE, UN REGARD CONTEMPORAIN

Résolument contemporain par la relation qu’il entretient avec la notion d’œuvre d’art, William Dommange a fait de la sculpture un champ d’expérience singulier dont la polysémie nous interpelle. Utilisant des matériaux habituellement dédiés à l’industrie (métal, altuglas, pièces mécaniques diverses), il les détourne de leur destination première, leur assignant une vocation à caractère sémiologique. De l’objet usiné, libéré de sa fonction, à l’œuvre plus élaborée, chacune des réalisations qu’il nous soumet revêt une signification sociologique amenant le spectateur à mettre en question le réel ou le parer d’un sens nouveau, d’une esthétique insoupçonnée.

Dans un monde envahi par les signes et les images de toute nature, les constructions de William Dommange valent comme autant d’interrogations sur l’espace collectif, notamment celui de la ville, où la surabondance des messages nous submerge au point de semer la confusion. Entre information et propagande, communication et mercantilisme, il est devenu difficile de faire le tri des contenus, chaque corpus convoquant un référent imaginaire ou idéologique. Dans sa démarche, parfois proche de l’art conceptuel, William Dommange fait aussi surgir des icônes universelles, telles que des reproductions d’œuvres d’art, qu’il revêt de peinture (Penseur de Rodin, Vénus de Milo, etc.) modifiant du même coup leur statut initial et quasi sacré. Cette appropriation n’est pas sans rappeler le ready made dont Duchamp fit son cheval de bataille, créant une véritable révolution à partir d’un pari de potache, donnant incidemment naissance à un étrange malentendu dont ses suiveurs ont profité sans retenue. 

En d’autres circonstances, William Dommange joue avec les tensions, les contraintes physiques, les jeux d’équilibre, comme le ferait un architecte confronté à une commande. Son passé d’ingénieur n’est nullement étranger à cette part de sa réflexion. Mais il sait aussi façonner des œuvres métaphoriques – j’allais écrire métaphysiques – comme ces marcheurs penchés, en file indienne, que leur ombre inscrite sur le sol devance d’une longueur. Il donne alors à son travail une valeur plus philosophique. On verrait volontiers ce type d’œuvre occuper notre espace public. Cette part éclaire, à notre avis, toute la portée intellectuelle du propos de William Dommange.

                                                                                                 Luis Porquet Décembre 2013

                                                                               poète, écrivain, parolier, journaliste et critique d'art